
Les jours de poudre jaune est une histoire vraie centrée sur la Retirada et la guerre d'Espagne. Il relate l'histoire bouleversante de Paquita, une réfugiée espagnole héraultaise, séparée de ses parents à 11 ans.
Le roman est accompagné d'une version audio téléchargeable, créée par le saxophoniste Pierre Diaz.
Cet ouvrage est coup de coeur de la revue Inter Cdi, a été apprécié par la Revue des livres pour enfants, chroniqué par de nombreux journaux et réimprimé trois fois.
Dimensions : 14,8 cm x 21 cm
Nombre de pages : 240
Public ado-adultes ,à partir de 11 ans jusqu'à 111 ans.
Parution juillet 2020 Réimprimé en 2022 Réimprimé en 2026
ISBN 978-2-491347-02-4
Le prix inclut les frais de port.
Les jours de poudre jaune
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« Le rouge du foulard attaché autour de nos cous, un bout de tissu qui voudrait conquérir le monde et dire le bonheur d’être libre. »
Les jours de poudre jaune sont inspirés du témoignage de Paquita, une réfugiée espagnole qui a plus de 90 ans aujourd'hui. Une femme exceptionnelle qui a vécu enfant les rêves anarchistes d'une société en pleine révolution et les désillusions de ses parents, au moment de la défaite. L'ouvrage raconte la vie de toute une famille, contrainte à l'exil, à la fin de la guerre d'Espagne. Son parcours pour se retrouver coûte que coûte. Une histoire d'amour entre deux enfants exilés, la violence du franquisme et l'engagement inconditionnel d'un homme épris de liberté.
« Une poésie abandonnée et belle comme un soleil qui tombe. ». La mare aux mots.
Coup de cœur de la revue inter-cdi : « Un roman sensible et émouvant sur la Retirada à conseiller sans modération dès 12 ans ».
Isabelle Wlodarczyk : Autrice
Hajnalka Cserhati : Illustratrice (Couverture)
Pierre Diaz : Musicien
Le bruit des persiennes
J’habite Amposta, une petite ville de Catalogne bor- dée par l’Èbre et par la mer. Quand j’étais petite, je croyais que l’univers entier y était contenu, qu’il débutait
à l’embouchure du fleuve et s’arrêtait sur la plage, là où les vagues creusent lentement le sable et parlent à l’oreille des coquillages. J’habite une ville d’Espagne consumée par la fureur des adultes.
Maman y tient une épicerie. C’est une minuscule échoppe où s’entassent des objets insolites, rangés reli- gieusement, comme les perles du chapelet qu’elle égrène souvent entre ses doigts.
Ma mère ne supporte pas le désordre. Les enfants du voisinage le savent bien. Ils entrent dans l’épicerie presque sur la pointe des pieds. Comme dans un sanctuaire.
Manolita et Alexandrine, mes sœurs, y font les folles dès qu’elle a le dos tourné. Moi, je suis plus sage, peut-être parce que je suis plus grande, peut-être parce que c’est la guerre, ici, à Amposta.
Ma mère est brune et forte. Elle m’a eue à seize ans et elle s’appelle Francisca, comme moi. Ma mère a la noir- ceur des sorcières catalanes et l’âme d’un ange. Elle chante en secret les lointains sabbats nocturnes, connaît les for- mules magiques qui guérissent les enfants du mal blanc et va à confesse. Ma mère est amour. Elle a le cœur plus vaste que l’océan. En apparence, elle ne fait pas de va- gues, même quand la vie devient houle. Ses tempêtes sont sous-marines. Sous ses airs d’agneau, elle peut être louve. Louve, quand elle cesse d’être mère.
Mon père est grand et raide. Il a le corps anguleux et des yeux tendres. Il ne ressemble à personne d’autre dans notre famille. On le prend pour un étranger, pourtant, il est espagnol, de corps et d’esprit. Ses cheveux sont blonds, mais il ne quitte jamais son foulard noir. Il milite à la CNT et s’est engagé dans la milice pour lutter contre le général Franco. Il s’enflamme pour de grands principes. Je lis des rêves fous dans ses yeux bleus. Il a cette générosité-là, de risquer tout par humanité. C’est peut-être cela qui émeut tant ma mère. Le fait qu’il soit blond et anarchiste, qu’il ait les cheveux d’un poupon et la ferveur d’un homme.
J’habite dans un village coupé en deux par l’Èbre, un fleuve tourbillonnant où des milliers de braves se sont battus en vain, pendant plus de trois mois. J’habite dans une ville qui ploie sous les bombes.
Je suis l’aînée d’une fratrie de trois filles. Manolita, la benjamine, ressemble à une poupée de porcelaine à la peau blanche et aux cheveux noirs. Elle ne sait pas encore lire, mais elle n’en a pas besoin. Avec ses grands yeux qui dévorent la vie, elle déchiffre dans le cœur des autres. C’est une boule de bonheur, un îlot de tendresse. Alexandrine est comme maman, belle et aimante, bavarde pour cacher une grande pudeur. Elles aiment jouer toutes les trois. J’adorerais être comme elles et oublier le monde tel qu’il est. Mais, il y a longtemps que je n’ai plus envie de jouer. Je suis grande et sérieuse. Trop sans doute. Mes cheveux sont toujours attachés – je crains les mèches rebelles – et je me tiens toujours raide. Quand j’étais petite, j’aimais faire des farces et désobéir. C’était moi, la plus espiègle des trois.
Je ne me souviens pas du jour où la guerre a commencé. Sous la torpeur de l’été, elle grondait déjà. Je ne me sou- viens pas de la vie d’avant. La guerre, ça mange les sou- venirs et les rêves. On croit que ça ne durera pas et puis ça devient banal et insensé, quotidien et invraisemblable.
Depuis des années, à présent, je suis le témoin muet des fusillades, des règlements de comptes fratricides, des bombardements qui font trembler le ciel. C’est tout un pays qui se bat entre soi, entre voisins, entre frères, entre cousins. Comme si d’un coup, une immense clôture avait divisé l’Espagne. La coupure n’est pas nette. Elle serpente entre les maisons, au sein des foyers. Elle creuse les haines dans les familles.
Mon père est prêt à tout pour faire vaincre sa cause. Il parle de la collectivisation des terres, d’une grande ré- volution. Il veut changer le monde, qu’on partage tout, qu’il n’y ait plus de pauvres, que les paysans ne s’épuisent plus pour rien dans les champs, qu’on répartisse toutes les richesses et qu’on gère nous-mêmes nos fermes et nos usines. Que les hommes respirent d’un même souffle, que leurs cœurs battent à l’unisson ! Et je vois ses yeux s’em- buer.
Alors, on mange tous notre fraisée sans rien dire : des morceaux de pain sec, de l’eau, du sucre et un verre de vin rouge qui donne envie de faire la sieste. Heureux d’avoir quelque chose dans notre assiette, heureux que maman trouve encore les forces de préparer notre plat préféré, alors que tout manque. Je crois qu’elle pourrait pleurer de ce bonheur simple, de manger ensemble.
C’est peut-être indécent de s’aimer tant pendant que d’autres meurent dans les rues. Je ne sais pas si ma mère a raison d’aider mon père et de s’opposer à sa famille catho- lique. Elle cache des militants anarchistes sous notre toit. Au nez et à la barbe de son cousin, le curé. Mais j’ai une seule conviction : l’amour que mes parents se portent est au-delà de la guerre intestine qui divise l’Espagne, au delà de tout ce qui s’effondre.
Un bruit me tire de mes réflexions. Je sursaute. Des franquistes donnent des coups sur nos persiennes. Ils tapent plusieurs fois, puis ils repartent. De ma cachette, sous l’escalier, je regarde ma mère. Elle se fige un instant, terrifiée à l’idée qu’ils entrent chez nous. Puis, elle attrape des boîtes de conserve et les compte méticuleusement. Elle range le magasin pour chasser le désordre dans sa tête. Personne ne la connaît comme moi, même Alexandrine, sans doute sa préférée. Maman a son jardin secret, un en- droit dans son cœur, où elle laisse une part de fouillis, de liberté. Quand je me cache dans les rayons de l’épicerie, je la surprends en train de rêvasser. Elle pense à mon père.
Aujourd’hui, plus fort encore que d’habitude. Il ne rentre plus beaucoup en ce moment. On ignore presque tout de ses activités, mais j’entends aux tirs en rafale qui froissent la nuit, que la mort se rapproche. J’ai si peur que le jour ne se lève plus et que mon père ne revienne pas.
J’approche mes yeux des persiennes. Elles tremblent encore des coups reçus. Je regarde la nuit zébrée, sa lune ronde en lambeaux et je tente de les raccommoder.
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10 Nos spectacles tirés de nos livres sont adaptés à toutes les salles et portent la culture dans tous les lieux































Avis
Ce livre m'a été offert dans un moment précieux où j'en ai découvert et connu son Auteur qui n'est autre que la compagne de mon cousin. J'ai pris beaucoup de plaisir à le lire tellement il a une valeur inestimable. Isabelle m'a fait découvrir la vraie vie de ma tatie Paquita avec des témoignages, des belles paroles, une belle écriture. Jai été transportée pendant tout ce temps dans sa vie que j'ignorai. Pour celà, Merci Isabelle. Ce livre est magnifique et bouleversant .
L'auteur écrit sur un sujet dur, difficile, avec des mots tendres. Et la fin permet de se rendre compte de ce que l'exil a de terrible. Par le biais de ce récit, on découvre l'exil, mais à travers cette famille, c'est vraiment le moment présent qui est présenté, avec les séparations, les doutes, les retrouvailles, etc...
La conclusion, avec ce regard sur le passé, est une révélation sur ce qui a été perdu à tout jamais.
J'ai beaucoup apprécié l'écriture d'Isabelle Wlodarczyk....
Merci, oui merci pour avoir écrit cette histoire, l’ histoire de toutes ces personnes fuyant la dictature, la violence, la mort. À travers Paquita l’auteure a su raconter, ce qu’elle a fuit la mort, la peur dans l’âme et ce qu’elle a dû accepter pour vivre ; les camps pas de la mort mais de la survie. Le déracinement, la barrière de la langue,jusqu’à trouver un certain équilibre, une certaine raison de vivre en gardant tout au fond de son cœur comme une tare. Merci de d’avoir délivré Paquita
ce livre, est formidable , j'ai lu, le livre, toute la nuit , en entier, tellemenent, il était passionnant .
Je l'ai lu d'une traite. Impossible de m'arrêter.
Les personnages sont attachants.
Il est des livres qui vous marquent, celui-ci en fait partie. Le style, les changement narratifs, l'émotion, tout est présent pour le rester.
L'histoire de Paquita qu'on a envie de rencontrer, celle de son père, celle de sa famille vous resteront gravées longtemps dans votre mémoire.
Je l'ai offert, prêté, conseillé et chaque fois le retour qui m'en a été fait fût très beau, touchant, fort.
Je vous le conseille encore et encore.
Avant de lire ce livre, je ne connaissais presque rien de la guerre en Espagne, du Franquisme et de la Retirada.
J'adore les romans historique et avec ce roman je suis doublement servie puisque l'histoire est véridique.
Le destin de Paquita, et de tout sa famille, est si attachant et passionnant.
Quand j'ai commencé à le lire, je n'ai pas pu m'arrêter.
Merci Isabelle pour ce beau moment de lecture
J'ai été transportée par cette émotion sincère, sublimée par un style réfléchi et poétique. Le livre regorge de détails historiques qui viennent alimenter ce récit véridique : celle de l'héroïne Paquita et de son périple bouleversant.
À mettre entre toutes les mains.
Je connaissais peu de l'histoire des réfugiés pendant la guerre civile espagnole. J'ai découvert la terreur vécue par des familles pendant cette période... leur exil, leur peur, leur angoisse...
Une histoire, historique, à découvrir absolument.