BABOUCHE À OREILLE – La création de livres en musique

Dernière mise à jour : 4 juil. 2021

Babouche à oreille est une maison d’édition indépendante faisant dialoguer les mots, les couleurs et la musique depuis son premier livre paru fin 2019. Isabelle Wlodarczyk (auteure jeunesse) et Pierre Diaz (musicien) forment le duo fondateur de ce dialogue entre les arts. La sonorité des mots est au coeur du catalogue déjà bien étoffé avec des albums, livres audios et romans. La trentaine de propositions disponibles (ou à venir) témoignent de leur passion et générosité pour la création de livres jeunesses !

Propos recueillis par Sandy Berthomieu pour Idem-mag.

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Quel est le désir donnant naissance à cette maison d’édition ?

Cette maison est née d’un réel bonheur à créer ensemble et d’une soif commune d’inventer d’autres formats, de nous plonger dans des expériences nouvelles. Pierre est compositeur et saxophoniste et s’il s’était surtout illustré dans le jazz, il avait déjà aimé jouer pour accompagner des poètes. De mon côté, je faisais des lectures publiques de mes textes, seule. Cette rencontre de nos deux univers à donné naissance à Babouche à oreille. Il ne s’agit pas d’auto-édition au sens classique : j’ai publié une centaine de livres chez une bonne trentaine d’éditeurs différents et je continue de le faire. En parallèle de cette activité, je recherchais en effet une forme de liberté : celle de publier des ouvrages dont le format ou le thème étaient hors-normes, d’expérimenter… Nous accueillons également d’autres auteurs et illustrateurs et lisons avec plaisir les manuscrits que nous recevons.

Pourquoi ce nom ?

L’idée était de transmettre de manière limpide notre spécificité, – la création de livres en musique -, mais aussi notre amour de l’ailleurs, de l’Orient, de toutes les sagesses, comme de toutes les traditions. Enfin, évidemment, notre volonté est de nous faire connaître de « bouche à oreille », de contourner les circuits traditionnels de la diffusion et de la distribution que nous trouvons globalement délétères pour la petite édition.

En quoi, est-ce important (voir essentiel) pour vous d’associer les mots à la musique ? Le livre est-il un art de la parole ?

C’est en effet un choix essentiel et philosophique. Il s’agit d’un retour à l’oralité, berceau de la littérature, du conte comme de l’épopée. Je ne crois pas comme Platon que l’écrit soit le tombeau de la mémoire, mais il me semble qu’entendre des livres, les accompagner par de la musique fait entendre autrement les mots, leur donne une force, une résonnance qui renvoie à la racine des mots. J’ai toujours écrit à voix haute : lire à voix haute est aussi pour moi une mise à l’épreuve de la littérarité. On entend tous les défauts quand on lit. Enfin, et ce n’est pas un détail, certains enfants qui ne lisent pas, viennent aux livres par l’oralité. J’aime cette idée d’une communauté plus large de la lecture.

Vous proposez des albums mais aussi des livres complètement dématérialisés ?

Pierre et moi avons choisi de publier des livres sur des papiers que nous aimons, de privilégier la beauté de l’objet plutôt que de viser à baisser les coûts. C’est un choix purement esthétique. À l’inverse, pour certains projets, nous choisissons de dématérialiser l’objet, pour faire du livre une performance sonore.

Je pense également aux concerts-lectures qui est une merveilleuse idée pour faire vivre un livre…

Cela est l’essence même du projet et renvoie au rapport à l’oralité que j’évoquais plus haut, un retour aux sources, comme les aèdes dans l’Antiquité, comme le font les conteurs. Notre choix est de faire de la lecture un spectacle. Ce sont des moments très forts qui imprègnent les esprits des enfants.

Quelles sont les thématiques que vous explorez et comment se font vos choix ?

Nos thématiques sont assez variées, mais nous aimons faire réfléchir, chercher du sens.

Notre prochain album, écrit par Marie-Hélène Lafond (sortie en septembre, déjà disponible en audio numérique) La part du lion, interroge la notion de partage pour les tout petits. Les enfants comprennent la différence entre l’égalité et l’équité, à travers cette histoire. Mais notre volonté est toujours de rester dans la fiction, il ne s’agit pas de créer des livres purement didactiques, ou des livres médicaments. Nous avons une collection de livres historiques qui va s’étoffer. Le premier titre relate l’histoire d’un peintre, devenu poilu et aborde la question du camouflage. C’est un livre poignant, écrit comme une poésie. (Couleur barbelé) Les jours de poudre jaune offrent une plongée dans la guerre d’Espagne et sont le fruit d’une enquête de terrain de plusieurs années. Nous aimons les projets atypiques, ceux qui ne rentrent pas dans les clous et qui donnent à entendre la beauté des mots. Enfin, nous avons créé récemment une collection de livres audio classiques : l’idée est de mettre en voix des textes incontournables. Claude Gueux de Victor Hugo en est un exemple bouleversant. Créer de l’émotion et ne pas perdre de vue l’esthétique sont sans doute les éléments qui président à nos choix.

Il s’agit de livre jeunesse, malgré tout il semble que votre cible soit de tout âge ?

Oui, j’aime l’idée que le livre jeunesse soit un livre universel. C’est le cas , même pour les albums. Nous avons publié des romans qui s’adressent à tous les âges (à partir de 10 ans).

Parmi les illustrateurs avec qui vous collaborez, il y a une majorité de femmes, est-ce un choix délibéré ou le fruit du hasard et des sensibilités ?

Le fruit des sensibilités. Plusieurs femmes nous accompagnent de fait. Hajnalka Cserhati tient une place essentielle dans notre maison. Elle a illustré plusieurs livres et s’occupe du graphisme et des maquettes. Nous avions publié ensemble plusieurs livres chez d’autres éditeurs. Elle habite en Hongrie et nous nous écrivons chaque jour, ou presque, depuis plus de dix ans. Elle a illustré avec brio Couleur barbelé.

Un nouveau livre est disponible en précommande « La Muchachat »!

La Muchachat est un album qui aborde une curieuse histoire de chats: ils étaient employés par les colons pour protéger les denrées sur les bateaux qui traversaient l’Atlantique. L’ouvrage fait suite à Sacré chat, une histoire de chat qui devient roi. Notre matou se retrouve à bord d’un navire à chasser les souris. Il rencontre la Muchachat : une chatte espiègle qui va lui apprendre la rébellion. La musique de Pierre Diaz est vraiment très aboutie et les illustrations de Virginie Grosos sont une explosion de couleurs et un vrai voyage en peinture.

D’autres livres sont-ils en préparation ?

Nous continuons à travailler sur notre collection de livres audio « classiques ». Et nous préparons plusieurs sorties pour la rentrée: La part du lion de Marie-Hélène Lafond, une collection d’albums documentaires qui racontent la vie des grands hommes à travers leurs animaux de compagnie, L’oiseau de Mozart et Le chat d’Einstein seront les premiers titres et je termine un roman consacré aux femmes révolutionnaire espagnoles, Mujeres libres (parution en novembre), qui s’adressera aux ados et aux adultes.

Malgré un contexte difficile pour le milieu culturel, avez-vous des concerts-lectures programmés ?

Nous en avons beaucoup, mais ils se déprogramment chaque mois…Je vais donc parler de ceux de juillet qui se tiendront peut-être : une journée dans le cadre du Festival Jazz à Junas, à Vauvert le 4 juillet et la semaine suivante à Montpellier p